Interpellation du Medef à MAXEVILLE

Intervention syndicale du 28 février 2019

Le syndicat Énergie Meurthe-et-Moselle sud s’est inscrit sur l’initiative interprofessionnelle du 28 février 2019, dans le cadre de l’urgence sociale, mais aussi dans le cadre des cahiers revendicatifs portés par les salariés et pensionnés de l’énergie, statutaires et prestataires.

Nous portons également la campagne nationale l’énergie 100% public.

C’est sur ce sujet que notre intervention portera.

Dans un premier temps, le syndicat revendique la coupure d’électricité du bâtiment du Medef. Cette action a pour objectif de confronter les représentants du patronat à la dure réalité des ménages en précarité énergétique, lorsque les « vendeurs de l’énergie » décident, sans états d’âme, de la coupure d’électricité ou de gaz pour non-paiement des factures.

En dix ans, depuis la libéralisation du marché de l’électricité et du gaz, nous sommes passés de 225 000 coupures pour non-paiement sur le territoire national à plus de 435 000 interruptions d’énergie.

Selon le patronat, « La CGT est tournée vers le passé, elle porte des idées dépassées et est toujours dans l’opposition »

C’est une caricature pour dénigrer un syndicat de lutte.

La CGT n’est pas dans cette logique ! Elle lutte et propose ; en témoigne ses propositions tournées vers l’intérêt général : Service public de l’électricité et du gaz, Service public du rail, etc.

Ces projets, réalisables tant juridiquement que techniquement, sont refusés par les politiques, car ils dérangent et seraient favorables aux salariés et usagers des secteurs dans une période où la tendance est plutôt à réduire et à détruire les droits et les acquis.

Seul un vrai débat citoyen peut nous permettre de prendre les bonnes décisions.

L’électricité et le gaz, comme l’eau, ne sont pas des marchandises, ce sont des biens de première nécessité.

Différents enjeux tournent autour de ce service public : réchauffement climatique, territoires, rente de l’énergie, intérêt dans le mix énergétique français et européen, intérêt sur le tarif et l’accès de TOUS les usagers.

Oui, la démarche CGT vers de nouveaux services publics répond à ce changement nécessaire.

Nous devons reprendre le contrôle de notre système énergétique, de transport ferroviaire et de gestion de l’eau qui seront des défis concrets au cœur de cet enjeu planétaire de la maîtrise du réchauffement climatique.

Pour éviter à l’avenir des chaleurs extrêmes, des pénuries d’eau, des récoltes en baisse, des inondations accrues, des élévations dangereuses du niveau de la mer et de la perte massive de biodiversité, nous devons respecter les obligations de la COP 21 de Paris et chercher à limiter le réchauffement climatique à 1,5 °C.

Et ce n’est pas seulement une menace pour notre avenir, cela alimente et alimentera de plus en plus les guerres, les catastrophes naturelles et les crises des réfugiés climatiques.

Agir pour le service public de l’électricité et du gaz, c’est agir sereinement pour un développement des énergies renouvelables.

En effet, ces nouveaux EnR, non pilotables car dépendants de la météo, font partie d’un tout : le mix énergétique.

Sans les centrales hydrauliques et sans les centrales thermiques à charbon ou à gaz qui sont des moyens de production réactifs et pilotables pouvant compenser les travers, le développement de l’énergie verte est compromis.

Les uns ne peuvent pas fonctionner sans les autres !

La CGT revendique le maintien de la production thermique, ce qui pourrait sembler être contradictoire avec sa position sur le réchauffement climatique mais ce n’est pas le cas : le fait est que notre « facture Carbonne » sur cette production est largement inférieure à la moyenne européenne (4 fois moins), 6 fois inférieure à celle de l’Allemagne, 11 fois inférieure à celle du Luxembourg.

Dans une logique de service public, les bénéfices de la production doivent servir à ce développement des EnR.

Dans une logique privée, cette même rente alimentera davantage la poche des actionnaires que la recherche et le développement sur les EnR au service du bien commun…

Les privatisations mises en œuvre dans le domaine énergétique ont démontré leurs conséquences désastreuses en termes de prix de l’énergie, de qualité de service pour les usagers (délais, coûts, etc.)

Continuer dans ce sens et accroitre encore le champ concurrentiel et privé dans le domaine de la production notamment (hydro) n’auront que des conséquences néfastes.

Par la mission de service public, les opérateurs se doivent de ne pas se limiter à la seule production, distribution ou au transport de l’énergie.

L’aménagement des territoires, associé à cette mission, est cadré et contraint dans la délégation de service public.

Quid de cette même contrainte sur un secteur livré au marché ?

Le non-respect des règles engendrera-t-il des sanctions ou pénalités ?

Dans un monde parfait, cela est possible mais le nôtre où le contournement des règles est un sport mondial…

Quand bien même, des sanctions financières étaient appliquées, quel poids auraient-elles face à une logique de marché et à des prix du MW en bourse qui s’envolent ?

Tout profit réalisé dans le cadre du service public doit faire l’objet d’une redevance aux collectivités locales et territoriales.

Dans la forme des Société d’Économie Mixte ou autres systèmes de partenariat, qui sont souvent proposés aux collectivités territoriales, on oublie de leur dire que ce type de partenariat implique aussi de la maintenance, de l’investissement, de la recherche, des charges d’exploitation.

La poule aux œufs d’or sera sans aucun doute un cheval de Troie dans les budgets des collectivités, déjà bien appauvris par les lois précédentes.

L’énergie doit être gérée avec cohérence.

Multiplier les acteurs revient à multiplier les sources de problème et à « désoptimiser » le système.

L’évolution du secteur depuis les années 2000 à tout point de vue en est la démonstration !

Une gestion unique, par des opérateurs historiques garants du service public, répondrait au besoin, renforcerait le système français et soutiendrait le système européen.

Le mix énergétique actuel conditionne la sûreté réseaux mais également le tarif final.

Donc réaffirmer un service public de l’énergie c’est aussi maitriser le tarif final.

Dans un pays où plus de 13 millions de personnes sont en situation de précarité énergétique et où l’industrialisation passe sous le seuil critique des 10%, il est plus qu’urgent de garantir ce tarif pour permettre le développement général et pour garantir un tarif identique et abordable pour tous les usagers.

L’exemple de la libéralisation au Royaume-Uni nous le confirme : 10% d’augmentation du tarif implique 500 000 personnes de plus en situation de précarité énergétique.

La péréquation tarifaire est une disposition à défendre par-dessus tout.

C’est une idée d’avenir car elle est adaptable et adaptée au besoin.

L’histoire nous indique que la libéralisation du secteur énergétique a toujours été au détriment du service public et des usagers.

Tout ceci ne se résume pas qu’à l’énergie.

Le terme énergie, électricité ou gaz peut très souvent être remplacé par tous les biens dits d’intérêt général.

D’où le portage CGT de la convergence des luttes, car le mécanisme de base est le même et que c’est un collectif rassemblé qui y arrivera.

Le rail, la santé, l’éducation, etc., sont aussi des biens nécessaires à la nation, leur contrôle populaire est donc essentiel.

Le débat se situe donc bien sur la souveraineté et le contrôle citoyen des biens d’intérêt général pour les populations.

Cette démarche est nécessaire pour la France mais pas que… le monde aurait bien besoin d’une démarche visant davantage à mettre en avant l’intérêt des peuples plutôt que celui des banques.

Mais voilà, selon le patronat, les entreprises (de l’énergie) sont en difficulté !

Comment peut-on parler de difficultés quand on parle de dividendes ou d’investissements à l’international ?

Sur les 14 dernières années, les Groupes EDF et Engie ont versé un dividende global (65 milliards d’euros) qui aurait suffi pour combler la dette de la SNCF !

Pour la seule entreprise EDF, c’est près de 23 milliards d’euros versés.

Toujours selon le patronat, les profits sont bien répartis

OUI ! Entre les actionnaires.

Quel réel retour pour le contribuable ? Pour les collectivités ? Pour les travailleurs ?

Par exemple, le poids des dividendes annuels représente en moyenne 14 000 € sur la tête de chaque salarié des Groupes EDF et Engie.

Des millions de privés d’emploi luttent chaque jour pour vivre : 1 milliard de dividendes en moins c’est l’équivalent de plus de 15 000 emplois en plus.

Ce même milliard c’est aussi l’équivalent de 160 € net par mois pour l’ensemble des salariés des groupes EDF et Engie.

Est-il acceptable qu’aujourd’hui le contribuable finance des millions d’euros au travers du CICE alors que ces entreprises font d’énormes bénéfices et rémunèrent autant les actionnaires ?

Et ces 2 milliards (1 pour l’emploi + 1 pour les salaires) ne représentent que 40 % des dividendes moyens annuels !

Là, nous parlerions bien de profits mieux répartis…

Et cerise sur le gâteau, les statuts particuliers dans lesquels les travailleurs sont, est le problème ? Il n’est pas normal que certains aient plus que d’autres !

Ce sont des alibis médiatiques pour brouiller les pistes.

La régression pour les uns, si tant est qu’ils soient en meilleures conditions, sera la régression pour les autres.

La mise en opposition des Français permet d’organiser la régression sociale.

Personne n’envisage jamais de donner à tous les travailleurs une garantie collective de haut niveau.

Le socle social français est bien maintenu par ces mêmes travailleurs.

Détruire les régimes spéciaux n’aura pour conséquence que de faire perdre beaucoup à tous les travailleurs.

Les avantages qui avaient été mesurés et réfléchis par le passé sont devenus des privilèges dans le langage commun et médiatique…

Cherchons plutôt à qui profitera le crime.

Pensez-vous vraiment que supprimer des droits à des travailleurs fera évoluer vers le bas la facture énergétique ou le prix du billet de train !

Pourquoi ne pas réfléchir à un meilleur niveau général de garanties collectives pour relancer l’économie par la consommation des ménages ? Je vous remercie de votre écoute.

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